Le 15 décembre dernier, le lycée professionnel Trégey de Cenon accueillait la réunion des professeurs référents du Développement Durable des établissements de la Rive droite. L’occasion de revenir sur un parcours exemplaire en matière d’éco-citoyenneté, impulsé par Alex Jeanneteau, professeur d’économie et gestion. La réunion, co-animée par Muriel Dagens, chargée de mission Académique et de l’Education au Développement Durable était l’occasion d’étudier le plan d’action des projets insufflés par les éco-délégués des établissements du territoire.

 

C’est en salle C6 qu’avait lieu ce mercredi matin 15 décembre une réunion bien particulière au sein du lycée professionnel Trégey de Cenon. Assis autour d’une tablée disposée en U, les enseignants référents de l’EDD (Education au Développement Durable) entendaient un message clair : le dialogue autour de la question de l’écologie est ouvert. Au tableau, Muriel Dagens, chargée de mission pour l’Académie mais aussi et surtout Alex Jeanneteau, professeur au sein du lycée hôte. C’est lui qui porte le projet à bout de bras et grâce à lui, l’engagement prend un nouveau souffle. « Je suis devenu référent par hasard mais pour moi, comprendre les enjeux climatiques et faire les bons choix ensemble est important. Alors j’ai articulé mon rôle aussi autour de la citoyenneté pour que l’on apprenne à se comprendre, s’accepter et pour montrer à tous, élèves comme enseignants, que notre implication à un impact mondial. »

Imposé par une circulaire de 2019, chaque établissement doit se doter d’éco-délégués, des élèves porteurs de projet en faveur du développement durable. À Trégey, ils sont 35 sous la tutelle d’Alex Jeanneteau. Déjà très avancé sur le projet, l’enseignant est fier de ce qui a été mis en place de concert avec les élèves et l’ensemble du corps pédagogique. Le premier avril 2021, une charte du développement durable présentée par les éco-délégués a été votée à l’unanimité par le conseil d’administration. Présentant les grands axes que les élèves souhaitent développer, cette dernière ose également imposer une « deadline » de trois ans à l’établissement, preuve s’il en est de l’urgence de la mise en place de gestes éco citoyens pour la nouvelle génération. Fort d’un label E3D qui atteste de la démarche de qualité,  Trégey également fait office de modèle pour les écoles, collèges et lycées de la Rive droite. C’est donc tout naturellement qu’autour de la table, les questions fusent. 

 

UNE TÂCHE D’ENVERGURE

Ils sont professeurs de sciences et vie de la terre, de techno, de lettres ou encore documentalistes et viennent de Bassens, Floirac, Lormont ou Carbon Blanc, et ce matin, ils échangent sur des projets autour de la biodiversité, du recyclage, de la consommation énergétique, alimentaire ou de la solidarité. Mais ils ont le sentiment d’être parfois « seuls à se battre » et ont des difficultés à « tenir sur la longueur » autour d’une thématique qu’on leur a parfois imposée. « J’étais dans un lycée pilote à Saint-Cloud et nous avions fait une mare pédagogique. En arrivant à Lormont, j’avais 25 éco délégués, ils ne sont plus que six. » Pas de panique, Alex Jeanneteau rassure : s’il faut du temps et énormément d’énergie pour cet apprentissage commun, c’est grâce aux élèves que la dynamique est donnée, et ils en ont à revendre. Finalement, le bilan se dresse et il est plus que positif : revégétalisation des cours, recyclage des mégots de cigarettes, challenge pour réduire la consommation d’énergie, table de troc, colis solidaires et même projets d’échange avec d’autres pays européens… La liste s’allonge et comme lors d’un conseil de classe, le potentiel de ceux qu’on appelait « mauvais élèves » se révèlent alors : tout le monde apporte sa pierre à l’édifice. 

Et à Trégey comme ailleurs, l’entraide est la première impulsion pour l’ouverture du dialogue et la création de projets communs. Imane et Malick, 19 et 18 ans, l’ont bien compris : en classe de première Bac pro Accueil et tourisme, ils se sont proposés comme éco-délégués. « J’ai choisi de l’être car cela m’intéresse de faire avancer le lycée et pour que ça évolue. On veut porter des projets car c’est important pour nous et notre futur et aussi pour l’image du lycée. Il faut que les choses bougent à partir de maintenant car si on s’y met pas, il sera trop tard. » Bouger les choses à leur échelle, c’est aussi donner l’exemple : « Certaines personnes suivent et sont volontaires ! Et dans la vie de tous les jours aussi c’est important, moins gaspiller, ne pas jeter par terre… Les gens s’en fichent alors que ça n’aide pas la planète ! Maintenant, j’y pense tous les jours comme le midi à la cantine pour le gaspillage ou dans la rue quand je vois des gens qui jettent, je les interpelle ». Un rôle pris très à cœur par des élèves tout en conscience de la responsabilité qui est la leur. « On est contents parce qu’on est écouté et ça va nous servir pour plus tard ! ».

DES PROJETS QUI FONT SENS

Le développement durable est le prétexte d’un apprentissage de l’autre mais aussi de soi, se félicite Pascal Bouzin, le proviseur du lycée.  « Ces projets sont importants bien sûr et font sens d’une part pour les élèves et les équipes avec cette capacité de mobilisation autour d’eux mais aussi apportent énormément dans la construction du parcours éco citoyen des jeunes. » Pionnier au sein de l’académie, la création du Comité de développement Durable de Trégey associe membres de la communauté éducative, parents d’élèves, élèves et partenaires (rectorat et associatifs). « Cette instance a eu sa première réunion à la fin du mois dernier et permet de tisser des partenariats. La singularité que nous avons à Trégey c’est que nous l’associons au Clée (Comité Local Ecole-Entreprise) qui est tourné vers l’économie sociale et solidaire. Cela veut dire que la vision est systémique, elle agit sur tout : nous travaillons avec un tissu associatif mais aussi en liens étroits avec les entreprises ce qui vise donc à développer d’une part les gestes liés au développement durable mais aussi les tissus sociaux et économiques. Un des point phares est le travail autour de la citoyenneté professionnelle. » De plus, la dimension est territorialisée, en développant notamment les liens avec le lycée Mauriac et les collèges Jacques Ellul et Lenoir, et a vocation à s’étendre sur l’ensemble de la ZAP (Zone d’Animation Pédagogique). « C’est une stratégie de pôles qui se constitue et que l’on fédère à plus grande échelle. Il est important de voir que les élèves qui travaillent sur ces actions sont plus performants car plus engagés dans ce genre de projets. Ils trouvent un équilibre et cela fait sens dans un cercle vertueux avec les partenaires et le rayonnement hors de l’établissement. C’est parfois un public qui n’a pas moins de talent ni moins de potentiel mais un gros manque de confiance en soi. Ces projets restaurent leur estime propre, leur fierté et leur apporte une sociabilisation grâce au travail d’équipe. En somme un esprit de conquête qui rentre dans l’élaboration du parcours de formation et la construction de soi. »

 

LE DÉVELOPPEMENT DURABLE, MOTEUR D’ENSEIGNEMENTS

Dans une autre aile du lycée Trégey, la classe d’Imane et Malick reçoit Julien, membre de l’association Ekologeek, basée à la Maison de la Nature et de l’Environnement, pour une deuxième séance de formation. « Nous actons pour sensibiliser aux éco-gestes en faisant le lien entre objectifs et actions. Pour ce faire, nous leur avons présenté un escape game puis aujourd’hui un jeu de coopération pour qu’ils puissent se projeter sur le territoire et ainsi réfléchir à mettre en place des choses concrètes à leur échelle. » Et ici aussi, les idées fusent et ce n’est que sous l’impulsion du groupe que la mise en place paraît ainsi possible à tout un chacun. « Mais si, ça c’est pas dur ! », peut-on entendre. 

Motivés par leurs éco-délégués, les élèves ne doutent plus de leur capacité à changer les choses. 110 propositions avaient été formulées par ces derniers au début de l’année, après affinage, cinq vont être mises en place à Trégey : tri du papier, réduction des déchets à la cantine et renforcement des repas végétariens, système de sensibilisation pour l’économie d’énergie et d’eau, revégétalisation de la cour et organisation d’évènements en lien avec les autres établissements du territoire sont prévus. De plus, 13 des 35 éco-délégués siègent à la vie lycéenne, à la maison des lycéens ou encore à la commission des menus à la cantine pour apporter une touche verte à chacune des instances. 

Après avoir donné l’impulsion à ses élèves et rassuré ses collègues, Alex Jeanneteau, « éternel insatisfait » comme il se qualifie lui-même, dresse un début de bilan. « Nous avons su mobiliser une dynamique suivie par tout le monde. Ce dont je suis le plus fier c’est sûrement de la charte qui pousse tout le monde à accélérer pour respecter le timing et qui oblige à se poser les bonnes questions, à se former, à s’engager. » L’obtention du label académique l’année dernière a grandement contribué à poursuivre un cheminement déjà bien engagé et a offert une véritable reconnaissance que le professeur d’économie et gestion compte bien renouveler avec d’autres étiquettes : « Il y a celui de la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) que nous visons également avec les nichoirs mais déjà être reconnus pour tous ces engagements fait vraiment plaisir. » 

Bien que des freins existent pour la mise en pratique des projets, notamment au niveau financement par les collectivités locales, élèves et enseignants font en sortent de déconstruire ensemble les barrières qui s’érigent contre leurs ambitions. C’est grâce à un partenariat privé avec Suez et la mise en réseau avec le lycée agricole de Blanquefort que la cour se verra déminéralisée lors d’un chantier pédagogique mené par les BTS Aménagement Paysager. Au lycée Trégey, l’enseignement est constant et apprend à tous, que c’est ensemble que les projets fleurissent. 

Sabine Taverdet

par  | 4 Jan, 2022 | Éducation

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